Bernadète Bidaude – De sang et de lait

Bernadète Bidaude

De sang et de lait

1 x Bidéte copy 2

En partenariat avec la ville du Relecq-Kerhuon

Il est des lieux que la mémoire encercle, forçant le visiteur à se retourner sur soi, le poussant vers ces interrogations premières que l’urgence de la vie fait si souvent oublier. Elne est de ceux-là, et Bernadète Bidaude l’a arpenté en compagnie d’enfants nés à la maternité. À la rencontre des paroles, elle a longuement mûri ce récit qui n’est ni un témoignage, ni de l’histoire, ni une création poétique, ni une épopée… Et qui pourtant est un peu de tout cela à la fois.

La maternité du château d’En Bardou à Elne, près de Perpignan, fut créée par la grâce d’Elisabeth Eidenbenz pendant la période 39-45 afin de permettre à des centaines de femmes, républicaines espagnoles, Tziganes, Polonaises ou Allemandes juives, d’accoucher hors des camps et d’échapper à ceux-ci. Plus de 600 enfants sont nés là-bas. Véritable action humanitaire, un havre de paix dans un monde déchaîné. Une lumière dans le noir.

Bernadète Bidaude porte la voix d’Elisabeth et de toutes ces femmes avec sensibilité et lumière et rend hommage à cette femme extraordinaire qui sut quand il le fallut, désobéir pour sauver des vies. La force des mots, des gestes, de la voix au service de la « belle histoire », parle au cœur et à la tête, vous touche, vous emporte… Entre rires, larmes et souvenirs, quelle puissance dans son récit ! Et Bernadète qui danse, légère, aérienne, passionnée.

Ados, adultes – À partir de 14 ans – 1H15

Samedi 26 novembre à 20h30 / L’Astrolabe
Tarif : 5 € / 8 €

Réservations : 02 98 28 61 31


 Les temps qui courent… 
de Bernadète Bidaude (aux éditions du Pourquoi pas ?)

À la rencontre des paroles, des bruits, des silences, des mémoires qui peuplent Oradour-sur-Glane et la maternité d’Elne, s’en approchant et s’en éloignant tour à tour, y revenant en réalité comme en pensée ou en rêve…


« Que de croisements entre récits de vie et l’Histoire que ce lieu de résistance, de vie, d’oubli, de cultures (aussi des champs), de langues, de rencontres, de familles … Quelle navigation entre tous ces gens ! Le château d’En Bardou fût une tour de Babel au féminin ! Un phare pour éclairer nos jours et nos nuits aujourd’hui. Véritable action humanitaire, un havre de paix dans un monde déchaîné. Une lumière dans le noir.

Chère Élisabeth Eindenbenz, vous aimiez Bach. Vous aimiez les femmes. Vous n’avez eu aucun enfant. Vous que je n’ai pas connu et qui avez su si bien raccommoder d’un côté ce que le monde avait mis dans le pétrin d’un autre. Chapeau, madame, chapeau ! Comment a-t-on pu vous oublier, oublier cette histoire, notre histoire pendant plus de cinquante ans … »

Bernadète Bidaude


Extrait 1

« Chère Elisabeth,

J’ai rencontré quelques-uns de ces enfants que vous avez aidés à naître. Je suis né au château, comme ils disent tous ! La première fois que j’ai entendu ça,  je n’avais pas bien compris de quoi elle me parlait. Elle, Léa.
Nous sommes assises dans sa cuisine. Sur la table, une tasse de café pour chacune avec une montagne de petits gâteaux secs. Et juste à côté, une boite. Qu’elle caresse longuement du bout des doigts. Elle l’ouvre très doucement ; les charnières semblent usées. Dedans, j’aperçois des petites pelotes de fil rouge sang et jaune or. Et des photos. Ses mains volent de l’une à l’autre …
Plus tard, Léa dépose devant moi un petit paquet enveloppé de papier de soie. Elle l’ouvre avec mille précautions. Et en retire délicatement deux minuscules chaussons qu’elle pose précieusement au creux de sa main. « C’était les miens. Faits maison. Par ma mère. Avec un crochet et des aiguilles fabriqués avec des bouts de fil barbelé. Par mon père. Dans le camp de concentration d’Argelès. » Elle reste silencieuse, mais derrière ses yeux, elle imagine les doigts d’Alicia, les doigts de sa mère dansant au travers des fils de coton, de laine et de soie …

Coton, velours, satin et soie : elle coupe, elle brode, elle coud le récit des nuits et des jours
Popeline, rabane et mousseline : elle assemble le bâti, réinvente les lignes, apaisent les rififis
Jacquard, jersey, lin et lamé : elle faufile, elle tisse, les franges de vos rages, les luttes à ciel ouvert et les voix rassemblées
Matelassé, croisé, crêpe et dentelle … elle pique, elle dépique, les poches où, petit à petit, se glissent en secret les mots des républicaines … et des anarchistes.

Puis, elle entrelace discrètement l’ouvrage de quelques fils colorés, rouge sang et jaune or ; soit sur une couture, sur un côté, sur le col, une poche ou un ourlet. C’est sa trace catalane. Puis lorsqu’elle juge le vêtement terminé, elle signe son ouvrage à l’intérieur du vêtement en trois lettres brodées : ADM, Alicia Des Merveilles ! Et à partir de 1936, MAD ; Merde Au Dictateur ! Ensuite, elle casse le fil avec ses dents … »

Extrait 2

Reprendre le trait, réinventer les signes,
Tracer d’autres chemins autrement les crayons s’abîment …
Ravauder nos voix en un collier solidaire
Repriser nos émois nos tessons de colère
Les jours à jurer à recueillir bout à bout
Nos histoires en vrac nos mémoires en pièce ce qui subsiste en nous
Allez reviens petite vie dansante reviens dedans dehors
Allez petite vie dansante reviens dehors
Nous ferons la ronde berceuse de femmes rondes
Nous refleurirons, nous refleurirons …

Reprendre le trait, réinventer les signes,
Tracer d’autres chemins autrement les crayons s’abîment
Dessiner sur le vif à fleur de visage
Une carte du tendre pour apaiser nos rages
Les nuits sans sommeil à semer des cailloux
Des miettes de rêves des grains de folie ce qui résiste en nous
Allez reviens petite vie dansante reviens dedans dehors
Allez petite vie dansante reviens dehors
Nous ferons la ronde berceuse de femmes rondes
Nous refleurirons, nous refleurirons …

Reprendre le trait, réinventer les signes,
Tracer d’autres chemins autrement les crayons s’abîment …
Broder nos attentes d’escarbilles fraternelles
Rouler entre nos mains nos histoires sans lumière
S’étirer, se gonfler, être à nouveau debout
Pour une autre journée, une autre bataille, pour ce qui renaît en nous
Allez reviens petite vie dansante reviens dedans dehors
Allez petite vie dansante reviens dehors
Nous ferons la ronde berceuse de femmes rondes
Nous refleurirons, nous refleurirons …

« Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas le printemps d’éclore », me dit Léa en rangeant délicatement les deux minuscules chaussons devant elle. C’est un mot de Pablo Néruda, c’était le dire de ma mère, c’est le mien!


Ce qu’ils en ont dit :

Un récit-spectacle bouleversant de Bernadète Bidaude. Elle n’a pas son pareil pour raconter des histoires. Mieux, elle les sublime. […] Hier soir 23 juillet, elle a réussi à me tirer des larmes, des rires, des souvenirs ; pour moi son spectacle était une madeleine de Proust […]. La force des mots, des gestes, de la voix de Bernadète Bidaude au service de la « belle histoire » parle au cœur et à la tête, vous touche, vous emporte … Dans les murs, témoins des bonheurs, des joies mais aussi des malheurs vécus par les mères et les enfants de l’époque, Bernadète B. se livre, nous livre, une magnifique interprétation. « C’est un moment fort dans une vie, un moment dont on se souviendra toujours. »

Nicolas Garcia (ancien maire d’Elne)

Nous avons vécu en direct cette histoire- témoignage, ressenti effroi et espoir, vibré à la voix et au chant de la conteuse.

RMM

Pour ceux qui la connaissent, la manière de créer de Bernadète n’a pas changé. Elle transforme la vie en mots, les mots en vie. Les temps courent. Se souvenir et vivre. Ne pas oublier mais aller le chemin. Ni succomber à l’évocation de l’horreur, aux cauchemars sans cesse renouvelés, ni tout emmurer et se lancer dans l’insouciance comme si rien n’était arrivé. La conteuse transcende cela.

Yvette Lucas – publié par leblogcultureldyl et sur le Journal Catalan

Merci pour ces textes forts et intenses, qui prennent aux tripes et resteront dans mon cœur. Vive la liberté, la solidarité et les femmes !

Céline

Un spectacle très émouvant et plein d’espoir. Superbe.

Une fille d’anarchiste espagnol, Louise C.

Merci d’avoir porté la voix d’Elisabeth et de toutes ces femmes aussi justement, avec autant de sensibilité et de lumière. C’était magnifique.

Florence

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